
Seur unique du Roy Luy presentant ce livre Sonnet Par un sentier inconneu a mes yeux Vostre grandeur sur ses ailes me porte Ou de Phebus la main scavante et forte Guide le frein du chariot des cieulx. La eleve au cercle radieux Par un Demon heureux, qui me conforte, Celle fureur tant doulce j'en rapporte, Dont vostre nom j'egalle aux plus haulx dieux. O Vierge donc, sous qui la Vierge Astree A faict encor'en nostre siecle entree! Prenez en gre ces poetiques fleurs. Ce sont mes vers, que les chastes Carites Ont emaillez de plus de cent couleurs Pour aler voir la fleur des Marguerites. COELO MUSA BEAT Au lecteur Combien que j'aye passe l'aage de mon enfance et la meilleure part de mon adolescence assez inutilement, lecteur, si est-ce que par je ne scay quelle naturelle inclination j'ay tousjours aime les bonnes lettres: singulierement nostre poesie francoise, pour m'estre plus familiere, qui vivoy'entre ignorans des langues estrangeres. Depuis, la raison m'a confirme en cete opinion: considerant que si je vouloy'gaingner quelque nom entre les Grecz, et Latins, il y fauldroit employer le reste de ma vie, et (peult estre) en vain, etant ja coule de mon aage le temps le plus apte a l'etude: et me trouvant charge d'affaires domestiques, dont le soing est assez suffisant pour degouter un homme beaucoup plus studieux que moy. Au moyen de quoy, n'ayant ou passer le temps, et ne voulant du tout le perdre, je me suis volontiers applique a nostre poesie: excite et de mon propre naturel, et par l'exemple de plusieurs gentiz espritz francois, mesmes de ma profession, qui ne dedaignent point manier et l'epee et la plume, contre la faulse persuasion de ceux qui pensent tel exercice de lettres deroger a l'estat de noblesse. Certainement, lecteur, je ne pouroy'et ne voudroy'nier, que si j'eusse ecrit en grec ou en latin, ce ne m'eust este un moyen plus expedie pour aquerir quelque degre entre les doctes hommes de ce royaume: mais il fault que je confesse ce que dict Ciceron en l'oraison pour Murene, Qui cum cytharoedi esse non possent, et ce qui s'ensuit. Considerant encores nostre langue estre bien loing de sa perfection, qui me donnoit espoir de pouvoir avecques mediocre labeur y gaingner quelque ranc, si non entre les premiers, pour le moins entre les seconds, je voulu bien y faire quelque essay de ce peu d'esprit que la Nature m'a donne. Voulant donques enrichir nostre vulgaire d'une nouvelle, ou plustost ancienne renouvelee poesie, je m'adonnay a l'immitation des anciens Latins, et des poetes Italiens, dont j'ay entendu ce que m'en a peu apprendre la communication familiere de mes amis. Ce fut pourquoy, a la persuasion de Jaques Peletier, je choisi le Sonnet et l'Ode, deux poemes de ce temps la (c'est depuis quatre ans) encores peu usitez entre les nostres: etant le Sonnet d'italien devenu francois, comme je croy, par Mellin de Sainct Gelais, et l'Ode, quand a son vray et naturel stile, representee en nostre langue par Pierre de Ronsard. Ce que je vien de dire, je l'ay dict encores en quelque autre lieu, s'il m'en souvient: et te l'ay bien voulu ramentevoir, lecteur, afin que tu ne penses que je me vueille attribuer les inventions d'autruy. Or, afin que je retourne a mon premier propos, voulant satisfaire a l'instante requeste de mes plus familiers amis, je m'osay bien avanturer de mettre en lumiere mes petites poesies: apres toutesfois les avoir communiquees a ceux que je pensoy'bien estre clervoyans en telles choses, singulierement a Pierre de Ronsard, qui m'y donna plus grande hardiesse que tous les autres, pour la bonne opinion que j'ay tousjours eue de son vif...
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Publication Date:
2009-01-01
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