
À Rome, le mariage a nécessairement mais pas uniquement un caractère politique. Miguel Canas n'hésite pas à parler de " stratégie matrimoniale " (pour reprendre l'expression de Pierre Bourdieu au sujet du monde kabyle) dans une société où le but de l'élite sénatoriale est de parvenir aux charges suprêmes de la res publica. L'originalité de cette étude réside dans une perspective nettement élargie par rapport aux précédents travaux: Canas s'appuie sur 77 cas de mariages qui ne se limitent pas aux personnages les plus en vus et à leurs jeux d'alliance (qu'on songe à Pompée ou Antoine concluant des alliances avec César et Octavien) mais s'intéresse aussi à des personnages secondaires. Par ailleurs, la vocation de ces mariages ne s'inscrit pas que dans le simple renforcement d'un accord politique. Des sénateurs donnent leurs enfants en mariage à des adversaires politiques et vont même jusqu'à distribuer des mariages au sein de leur lignage entre différentes factions antagonistes. Par ailleurs, si on a pu beaucoup insister sur la fragilité des unions dans une période de crise générale de la République, Miguel Canas relativise fortement cette perspective. Si l'on dénombre quelques divorces (16 % des cas étudiés) la majorité des mariages demeurent solides. La vision que nous pouvions avoir de ce que représentait le mariage pour cette aristocratie romaine de la fin de la République sort donc considérablement affinée de l'étude de M. Canas. Elle nous permet de fréquenter des sources qui viennent aussi bien de la littérature (en particulier la correspondance de Cicéron) que de l'épigraphie (par exemple l'épitaphe d'une femme dont le texte nous révèle qu'elle fut l'épouse d'un sénateur).
Page Count:
527
Publication Date:
2019-01-01
Publisher:
Les Belles Lettres
ISBN-10:
2251450246
ISBN-13:
9782251450247
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